— photojournaliste.
J’ai, ces derniers temps, un peu de temps libre devant moi que je profite pleinement afin de réaliser milles et une chose, notamment, mener à bien un drôle de projet personnel. Une fois n’est pas coutume de vous faire partager quelques brides — autre chose que mon travail photographique, sur une corde beaucoup plus personnelle. Ce dernier ne reste pas moins en concordance avec les aspects du photojournalisme.
Il y a deux, trois ans j’ai découvert un véritable fond argentique de négatifs que mon grand-père maternel tenait. J’en ai aujourd’hui, l’héritage, puisque personne d’autre dans la famille ne s’intéresse d’aussi près à ces originaux qui nous permettent d’en faire un tirage. À vue d’œil, on retrouve approximativement 600 planches de 6 négatifs éparpillés dans trois classeurs comprenant entre 30 et 50 feuillets de rangement. Je me disais bien qu’il fallait que je fasse quelque chose. C’est au fur et à mesure de mes « bidouillages » à l’aide d’une astuce qui consiste à photographier un négatif, puis inverser les couleurs sous un logiciel de traitement d’images que je suis parvenu à regarder le monde en Noir et Blanc, des années 1950 à 1970 : des images banales d’une famille, parmis elles, une trentaine retenaient mon attention. Celles-ci étaient soigneusement éparpillées entre des images d’un voyage et un anniversaire. J’y trouve un bâtiment maritime où sa coque précisait FANTASSIN P 618 et un peu plus loin des marins du même âge que mon grand-père… Aussi, je n’ai pas eu de soucis pour l’identifier du haut de ses 22 ans. L’âge que j’ai, moi-même, coïncidement choisi pour m’atteler à ce projet.

Avec le nom du bâtiment et deux, trois images suffisamment montrables, j’ai effectué mes recherches, contacté des personnes — jusqu’à recevoir un matin, un courriel qu’on reçoit une fois dans sa vie dans ce type de recherches. Mon destinataire connaissait très bien mon grand-père et était à bord de cet escorteur côtier. Si l’étonnamment était là, il m’a fallu une matinée pour chasser cette dernière image qu’on voudrait tous oublier — il nous a quitté des suites d’une maladie, il y a des années maintenant. J’étais jeune, je savais à peine ce que c’était de ne plus jamais revoir quelqu’un, mais mes souvenirs restent intacts, du peu de ce qui me reste, de cet homme.
Au fil des mois, nous échangeons, des images de l’époque, nos vies, nos témoignages et aujourd’hui, je mène avec six marins qui étaient à bord du FANTASSIN, une aventure extraordinaire qui consiste à rédiger, écrire nos (leurs!) mémoires à bord de ce bâtiment maritime qui a navigué une partie de sa vie dans la Mer Méditerranéenne en Algérie, y surveiller les côtes du pays de 1957 à 1960. J’épargnerais ici le contexte historique. Cette période n’a pas été rose du tout.
Je suis aujourd’hui affectueusement, promue « matelot » par les anciens camarades de mon grand-père, puisque j’ai cette mission de mettre en page ces mémoires de A à Z à travers un livre que sept familles posséderont (nous n’avons pas encore déterminé si celui-ci sera jugé utile de le sortir dans le public comme bon nombre de biographies / livres sur la marine, quelconque bâtiment comme la grande « Jeanne » ou le « Charles de Gaulle ». Seule l’avancé de nos travaux le dira) dans le but de perpétuer la mémoire du FANTASSIN. Depuis trois mois, mes journées se concentrent sur la restauration de chacune de nos photographies personnelles. C’est une aventure à la fois très riche en histoire et forte émotionnellement dont je ne voudrais jamais, en connaître la fin. Ce projet est devenu un véritable moteur dans ma vie actuelle.
La conception / la réalisation jusqu’à la finition de ce livre sera pour moi, une fierté. Je rend hommage à mon grand-père, digne de ce que j’ai toujours souhaité lui offrir aussi longtemps que je peux, l’amour de sa petite-fille. Et, ainsi à l’occasion des 70 ans qu’aurait eu le FANTASSIN, en 2012. À mes « camarades » — embarquer pour une dernière fois à bord de ce navire en couchant sur papier ce qu’ils ont vécus — pour leurs familles, leurs petits-enfants. Et peut-être bien, un jour : à tous ceux qui sont intéressés par son histoire, consacrée à ses patrouilles maritimes sur les côtes Algérienne. Mis sur cale à Nashville (USA) en 1942 sous le nom de « W.93 » pour prendre sa retraite en 1961, il aura parcouru un sacré bout de chemin!